Prose

Le thème de la rédaction était d’écrire un texte en prose à la manière de Le Clézio dans Le chercheur d’Or.

Ce ne fut d’abord qu’un mouvement imperceptible, comme un roseau endormi ondoyant sous une brise d’été. Puis, peu à peu, membre à membre, il s’éveilla. Il ouvrit lentement ses yeux, deux noisettes luisantes et autrefois enjouées. La première chose qu’il vit fut un sable argenté incomparable, comme éclairé par la lune, un sable que l’on ne trouvait nulle part ailleurs que sur les îles des Philippines.  Se relevant avec difficulté, il observa le nouveau monde qui l’entourait.

Devant lui, étendue aveuglante, un sol lunaire que le soleil englobait d’un halot lumineux. Se retournant, il se trouva nez à nez avec un océan turquoise, plus scintillant qu’une mer d’étoiles. La petite pirogue dans laquelle il s’était tapi pour échapper à la tempête était à présent réduite en morceau. L’armature de bois était rompue, la peau l’entourant déchirée, les algues la recouvrant, elle était à présent une épave, jeunesse vieillie par sa fidélité et son aide précieuse.

Il s’arracha de force à ce spectacle désolant, et découvrit la gigantesque forêt qui trônait au centre de l’île. D’immenses palmiers se penchaient comme pour caresser la plage de leurs palmes verdoyantes. Lorsqu’il se fut rassasié du spectacle, il s’aperçut que la fin le tenaillait. Poussé par quelque ardeur belliqueuse, il s’engagea d’un pas décidé dans les profondeurs des bois.

La végétation recouvrait à présent le sol, prenante, dense, oppressante. Des milliers de fleurs aux allures burlesques frémissaient à son passage. C’était une explosion de couleurs et de parfums, tous plus exquis les uns que les autres : parfums de jacinthes aux tons chatoyants, odeurs de feuilles qui terniraient le plus pur des émeraudes, senteurs exaltantes de quelque fruit exotique, attendant le moment pour descendre des cieux. Il en cueillit quelques-uns, puis les dégusta avec satisfaction.

La forêt était à présent si sombre que la lumière du ciel azur ne perçait pas l’épais feuillage. Çà et là se tenaient, menaçantes, des branches squelettiques recouvertes de lianes, pareilles à des serpents prêts à sauter sur leurs proies.

Il continua à marcher durant quelques heures, puis déboucha sur une clairière, baignant dans la clarté de l’après-midi. Au centre de cette clairière, se tenait une femme, le visage orienté vers le soleil. Elle était vêtue d’une beauté charmante et d’un nuage de coton blanc. Ses pieds étaient chaussés de peaux usagées, finement cousues. Son visage de bronze aux traits parfaits affichait une mine solennelle. En haut, deux saphirs flamboyants. En bas, une bouche couleur pétale de cerisier. Le tout était encadré par une cascade de cheveux ébène, tressés jusqu’au milieu du dos. Quelques mèches virevoltaient autour d’elle. Elle avait une silhouette élancée, lui donnant l’air d’un aigle, trônant sur la branche, inspectant les environs. Plus gracieuse qu’une biche, plus sauvage qu’un félin, elle ternissait à elle seule le soleil aveuglant.

Soudain, elle se retourna et l’aperçut. Leurs regards se croisèrent et elle s’enfuit en courant. Qui était-elle ? Était-ce un mirage ? Quelque apparition angélique ? Sa présence flottait encore dans l’air. SA magnificence avait imprégné la clairière. Allait-il la revoir ? Pourrait-il un jour l’oublier ? Secouant la tête, comme pour chasser une rêverie envoûtante, il s’éloigna rapidement et disparut à son tour dans les profondeurs de l’île.

2009

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